Analogia (son seul de la vidéo)

 


* production, réalisation, image, son & montage / production, realization, picture, sound & editing : Samuel Bester


* année de production / year of production : 2014


* durée / duration : 19'02  "

* format : HD 16:9

* langue / language: français / french

* licence  : © Samuel Bester


* synopsis court / short synopsis:

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ANALOGIA par Simone Dompeyre


Voir une vidéo de Samuel Bester bouscule de nombreuses connexions neuronales… la hachure, le mouvement entrecoupé, le mouvement accéléré de non-image provoquent l’œil et l’esprit.  On y cherche l’analogie avec le pacte de lecture dont est chargé le titre, qui paraît se jouer de nous puisque Analogia.

Le français  se calque sur le mot latin signifié comme signifiant: la ressemblance ou la conformité de divers éléments. Ainsi l’image analogique reproduit-elle le signal à enregistrer -audio, vidéo- sous une forme similaire au référent sur un support ; le signal audio sur la bande suit les mêmes amplitudes que l’onde sonore, même si avec plus ou moins de fidélité.


Analogia compose une partition de dérangement de cette ressemblance : elle s’emballe en distorsion, scintillement,  bruit de fond, pleurage. Le tremblement saisit le  champ, la trame ; le trait se conjugue en verticales, horizontales, sinusoïdes, quand le noir total n’est pas remplacé par la neige télévisuelle et son bruitage caractéristique…la trace référentielle est malmenée. Dès l’incipit, un défi est lancé au voir ainsi que le refus de toute localisation ; pour assurer la non-exposition d’un non-récit, le recadrage y est immédiat, avant un surcadrage sur des feuillages au loin et une montagne floue. Des voitures ne sont pas plutôt dans le champ qu’un filage entraîne les toits avant une plongée et la dissolution de toute chose. La variation suivante part sans motivation avancée du très gros plan d’une main masculine à un plan rapproché, en intérieur, d’une plante en pot peu précisée et attaquée par les points, pour s’achever en un rien-image, avant la surimpression d’éléments ou l’accéléré d’insectes ou un zoom avant hâtif… Le désir de reconnaître y est à nouveau pris en flagrant désir quand des bribes de plan d’un bureau, qui s’avère salle de montage sont elles-mêmes annulées par une mise en abîme de cadres de guingois avant un flicker agressant l’œil puis l’abstraction. Le sentiment de réalité que nous entretenons avec le monde perceptif, par la persuasion de l’image est contrecarré.

Rien ne demeure ni la camionnette ici, ni le visage d’un homme ni le groupe là. Seul émerge, ironique, un bouddha, très centralisé dans le champ, mais lui-même est flou et flotte dans un non-lieu.  Rien n’est épargné ni le genre – des fragments de fiction sont égratignés- ni le spectateur  dont l’appétence vers les histoires est quelque peu moquée- un homme tient une lampe et si dans la diégèse, il s’enfoncerait dans une cave, dans Analogia, il s’enfonce dans le noir de la non-image qui envahit le champ, et si le cri  de douleur est perceptible, c’est sans image correspondante et suivi  d’une bribe de dialogue «  vous vous trompez de personne ». La déconstruction concerne aussi le son avec la même distanciation, puisque l’inscription manuscrite « Audio » sur un support blanc, synecdoque du sonore, subit les mêmes perturbations, stries, faux plissage du papier, flou, effet de gonflage/dégonflage… pourtant une voix est épargnée, La Voix de Godard développant  ses aphorismes et justifiant d’une autre manière le titre, en pratiquant lui-même l’analogie – au sens scientifique et philosophique. L’analogie qui implique l'égalité du rapport qui unit deux à deux les termes de plusieurs couples ; la base du mot «  logos » est ainsi réveillée, avec le grec analogos : ramenant au proportionnel. Mathématiciens et philosophes l'employaient pour désigner la proportion arithmétique- organisatrice du Cosmos,  et comme schème de pensée en quatre termes. Platon distingue ainsi la pensée de la doxa : Images / Objets réels = Opinion / Science. Godard y lance la métaphore filée entre le cinéma et ses enfants, distinguant le cinéma/la vidéo= art/culture. La vidéo/cinéma =esthétique et technique/philosophie.

Analogia l’entend mais en faisant rendre à la vidéo tout ce qu’elle peut du cinéma par la bande, en adoptant les pratiques expérimentales qui l’ont précédée.