MANIFESTE ZUTISTE POETRONIQUE

 


Les Instants Vidéo Numériques et Poétiques appellent toutes les phrases, les mots, les lettres, les ponctuations, les images, les sons, les notes, les voix, les couleurs, les gestes…, et tous ceux qui les produisent à détruirent toutes formes d’oppression. A créer des textes, des films, des peintures, des sculptures, des musiques… avec une libre autodétermination. A dynamiter les clichés, à dévaliser les banques d’idées reçues, à occuper les Académies classiques et contemporaines, à répartir équitablement toutes les richesses poétiques en fonction des besoins de chacun, à abolir toutes les frontières qui séparent les langues, les genres et les disciplines artistiques, à encourager la libre circulation et le libre établissement dans notre langue des paroles immigrées, étranges et étrangères, avec la garantie qu’ils bénéficieront des mêmes droits que les mots autochtones. Nous appelons à abolir tous les droits de succession du capital culturel et artistique privé qui doit devenir automatiquement public, à la libre disposition de chacun en fonction de ses besoins.


Nous appelons à transgresser toutes les lois grammaticales qui limitent la portée de nos sensibilités, à inventer de nouveaux temps de conjugaison, à libérer le montage des images et des sons des geôles cinématographiques et orchestrales commerciales, à dresser des barricades pour se défendre des polices de caractère qui occupent nos pages poétiques, à désarmer les milices patronales qui empêchent nos (g)rêves insurrectionnel(le)s, à assiéger les palais où se gouvernent les destinées de nos paroles rebelles, à décréter la révolution permanente de nos ébats amoureux et créateurs. 

Nous appelons les notes de musique, les bruits de la ville, les chants, les arias d’opéra, les miaulements, les hennissements, les piaillements, les grognements, les blatèrements, les aboiements, les jappements, les sifflements, les barrissements, les vagissements à rejoindre leurs compagnes et compagnons en lutte pour les alimenter en rythmes et en sons nouveaux. Nous appelons au sabotage des machines qui convertissent les élans généreux de la poésie en des données comptables, à la mise à sac des fabriques d’oscars, de césars et autres distinctions obsolètes, qui confondent l’art avec la hiérarchie militaire.

Poèmes de tous poils, refusez les titres que l’on vous impose ! Souvenez-vous que titulus était le nom des pancartes qui pendaient au cou des esclaves que l’on traînait jusqu’au marché.

Dressons des barricades de mots sans muse mais amusés, sans musées mais démesurés, et rions aux éclats d’eau bue.

Nous demandons aux œuvres de se révolter contre leurs auteurs quand ceux-ci les confondent avec les basses œuvres qui les conduisent à se prostituer dans les galeries marchandes de l’art, dans les maisons closes d’édition ou pour les beaux yeux de critiques bien en vue qui trônent dans les bordels miteux d’une presse qui oppresse la pensée pour le bien-être de leur panse et de leurs fesses.

Nous encourageons les œuvres à s’insurger contre les dirigismes esthétiques qui cachent à peine leurs connivences avec les dictatures néo-fascistes et mercantiles, en affirmant que seule la révolte a une valeur esthétique : les belles ne sont belles que rebelles, les beaux ne sont beaux que rebeaux. Pardon pour cette affaire riminelle saugrenue…

Nous exigeons la libération immédiate des mots prisonniers politiques, censurés et sensurés, incarcérés dans les geôles de la novlangue, tels que révolution, communisme, anarchisme, liberté… et les mots prisonniers économiques que l’on a incarcérés parce qu’ils ont pratiqué pour eux-mêmes et leurs proches l’auto-redistribution des richesses accaparées par les directeurs de conscience, les publicitaires, les académiciens, les médias, les intellectuels serviles, les politologues et autres spécialistes de rien et de tout…


Nous exigeons la liberté texuelle absolue, le plaisir textuel sans entrave, la libre association, pour toutes les images, les mots, les musiques, les danses, les architectures, quels que soient leur sexe, qu’elle soit motivée par l’amour ou le plaisir stricto sensu. Nous abolirons les mariages qu’ils soient religieux ou civils et célèbrerons la reconnaissance de tous les bâtards, néologismes, fondus d’images, faux raccords, brouhahas musicaux, les fautes d’orthographe, grammaticales ou de syntaxe… Nous accorderons le droit de plagier, détourner, triturer, signer de son propre nom…, toutes les œuvres produites par d’autres… car la propriété privée sera totalement abolie. Les œuvres appartiennent momentanément à celui qui en fait le meilleur usage.

Un mot, une image ou un son pourront être désignés comme représentants des autres mots, images ou sons qu’à la condition d’être immédiatement révocables s’ils n’accomplissent pas les missions (dans la forme et dans le fond) pour lesquelles ils ont été mandatés.

Les mots, les images, les sons, les couleurs, les formes, les gestes s’associeront librement et se verront interdire toutes formes de subordination à commencer par celle qui accorde une suprématie paternelle à l’origine des mots. L’étymologie n’aura plus la prétention d’héberger la vérité du mot. L’antériorité n’est pas un gage de valeur supérieure.


L’art s’est encombré de dessous de langue, de dessous d’image, de dessous de son…, comme on dit de dessous de table… pour arriver à ses fins grossières, à des passe-droits qui font que ce sont presque toujours les plus insipides qui obtiennent les lauriers de la gloire. Ils ne valent pas mieux que deux sous, le prix d’un dessus de table taché sur lequel ils sont capables de gloser comme d’autres vomissent pour surenchérir la valeur marchande de leur fatuité nuisible.

Comme des flics, les artistes consuméristes mettent sur table d’écoute les actionnaires du marché de l’art, les boursicoteurs du bon goût, pour adapter leur style et leurs sujets à l’air du temps.

Signes algébriques, géométriques, faites nombre ! Pictogrammes, idéogrammes, rébus, écritures syllabiques, phonétiques, hiéroglyphes, alphabets phonétiques et sténographiques, tags, grosses taches de vin, pixels, bits… croissez et multipliez vous à outrance dans un bain de jouissance toujours préférable à celui du sang ! 



Marc Mercier, 2011