il ne s’agit pas

 
 

* production, réalisation, image & montage / production, realization, picture & editing : Samuel Bester


* musique / music  : Semper Eadem "  Orphée  "


* année de production / year of production : 2014


* durée / duration : 4'10  "

* format : HD 16:9

* langue / language: français / french

* licence  : cvbnd = Attribution-NonCommercial-NoDerivatives



* synopsis court / short synopsis:

[fr]  Évocation d'un mythe.

[en] Evocation of a myth.



*Il ne s’agit pas par Simone Dompeyre


Il ne s’agit pas l’amour du cinéma par son option du footage, mêlant à souhait  des photogrammes très divers. Des lieux sans lien : des arches et des routes, des ponts et des fusées ; des motifs de genres : premier cinéma aux gestes expressifs des femmes et baiser appuyé ou femme cernée par le faisceau lumineux en douche circulaire, Cerbère du péplum, planète et astronautes de science-fiction, morgue et autopsie et orteil attaché pour l’horreur, serpent rajouté à une main armé d’un colt, et une France Gall ? voltigeant sans fond et ces modèles nu( e)s des photos justifiées par l’artistique, au  début du XXème siècle et qui subissent ici des déformations à la Kertész. S’en détache un plan plus indistinct, réitéré par deux fois, d’un joueur de lyre ; il ramène au point focal : Orphée. En effet, la tessiture et l’échange des seules voix entendues- Casarès et Marais- éveillent notre mémoire cinéphile.  

L’écho en est complexe parce que Il ne s’agit pas,  se lie amoureusement  à la musique de Semper Eadem, malgré la distance suggérée par son titre, voire l’oxymore : le refus de reconnaître une identité d’un référent non désigné et la traduction Toujours la Même.  Cela se lit, sous l’égide non dite de Magritte, comme le « ceci n’est pas une pipe » : ceci est un film tissant des fragments de films tournés ailleurs, par d’autres en entrelacs avec Orphée et Semper Eadem. Ce titre d’un  poème de Charles Baudelaire  a été lui-même  pris comme pseudonyme par David Vallée, dès sa première parution en cassette en 1995 : « In Remembrance/En souvenir » approchait le projet d’un entre-deux onirique, interstice spatial, à nouveau entonné, par l’album plus récent Symphonies Irrationnelles, qui, guidé par le spectre de l’Orphée de Cocteau, vogue lui aussi entre éveil et rêve,.

C’est cet Orphée que la vidéo de Samuel Bester retient comme fondement sonore, qui  orchestre l’écho de la frappe lointaine du piano, le lamento du violon, et ces voix tues. Il en garde la trace de la femme « toujours la même »- si l’on traduit l’amour du latin de Baudelaire pour ses titres- et les vers que lui adresse la fin du poème : 

La Mort nous tient souvent par des liens subtils.

 

Laissez, laissez mon cœur s'enivrer d'un mensonge, 

Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe,  Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils !

Cependant, si  la musique « ambient »  entraîne toutes les figures du passé filmique, ranimées en tant que telles et hors de leur fiction originelle, grâce au montage plein d’esprit de Samuel Bester, elles, joyeuses résistent à la mélancolie Il ne s’agit pasl’annonce même si le complément nécessaire à la phrase est subtilement importé des mots de Orphée, de la voix marquée du passé de Jean Marais.

Nous entendons ainsi selon la structure musicale du canon, le rappel du statut d’images, de visions, d’ êtres diaphanes de l’image cinématographique mais plus encore le conseil  susurré par la Mort, à Orphée : «  ne pas chercher à comprendre (ce que je vais faire) »  auquel il répond «  il ne s’agit pas  de comprendre, il s’agit de croire ».  Croire en revenant à une source du terme « expérimental », celle de l’ancien français  qui en « experiment » dénote aussi bien le sortilège que l’experimentum, la tentative, l’essai.


Simone Dompeyre