Samuel Bester

son

 

Ekke Nekkepenn (2010) stéréo 9'05"

Les habitants de Sylt frémissent à l’écoute d’un conte qui évoque l’existence d’un monstre marin que nul ne peut nommer. Nous touchons-là le cœur du problème. L’innommable. Comment se défendre quand on est dans l’incapacité de nommer l’ennemi ? Ce n’est pas pour rien qu’à la partie la plus vulnérable de l’humanité, on ait donné le nom d’enfant. Mot qui provient du latin classique infans qui signifie « qui ne parle pas ». Nous demeurons enfants tant que nous ne sommes pas en mesure de désigner ce qui nous entoure, de nommer ce qui nous protège, nous aime, nous veut du bien..., et ce qui nous menace, nous détruit, nous tire vers la mort. La puissance du conte se situe en cet endroit, il nous apprend à nommer les choses, à parler d’égal à égal aux monstres qui hantent notre vie. Mais toujours, dès lors que l’on approche de trop près du terrifiant, les mots viennent à manquer. Les mots servent à tenir à distance l’ennemi.

Samuel Bester n’a pas trouvé les mots pour dire le monstre marin. S’il les avait trouvés, il l’aurait terrassé. Il ne sait même pas où le situer dans la mer. Peut-être est-il la mer elle-même. Alors, il sonde. Il prend notes, si je peux m’exprimer ainsi, de ce qu’il perçoit depuis les entrailles de la mer jusqu’à la surface des eaux. Il compose avec l’ennemi. C’est l’un des atouts de la

musique de pouvoir exprimer l’innommable. Oui, le mot est ici bien choisi : ex-primer. Faire sortir, par une pression, ce qui est contenu, détenu, retenu par la mer, comme le jus d’un fruit.

C’est pourquoi nous pouvons parler d’une évocation sonore à propos d’Ekke nehhepenn, ou d’une musique hors limites. Hors des limites de la mer et hors des limites de ce que l’on appelle communément de la musique. Cette composition est encore de la vidéo, elle donne à voir. Elle est même télévisuelle puisque qu’elle donne à voir de loin. On pourrait même s’aventurer à dire que Samuel Bester invente là une composition télévidéosonore tant ce qu’il porte à notre attention est transformé, au moyen d’un système électronique, pour que l’objet évoqué (le monstre) soit sans cesse déterritorialisé. Le monstre n’est pas perçu in situ. Il est traqué par l’imaginaire technologique, il est cerné par le sensible, il est hors de portée.

Mais ne croyez pas vous en sortir pour autant. Le monstre est bien là. Ce que nous percevons n’est peut-être, au bout du compte, que notre innommable musique intérieure.

Marc Mercier (mars 2010)

plus de composition sur Soundcloud :

https://soundcloud.com/samuelbester

Vingtième analogique 2 (2015) stéréo 6'34

"Somme toute, l’artiste n’est pas seul à accomplir l’acte de création car le spectateur établit le contact de l’oeuvre avec le monde extérieur en déchiffrant et en interprétant ses qualifications profondes et par là, ajoute sa propre contribution au processus créatif." (Marcel Duchamp)… ou pas.

Vingtième analogique 1 (2014) stéréo 2’00"

Certains sons appartiennent à une époque. On n’y fait pas attention puis on les oublie, pourtant ils ont constitué notre environnement acoustique que d’autres générations n’auront pas. Ces sons peuvent donc être une source qu’on peu interpréter, traduire, expliquer, ils peuvent êtres rattachés à des souvenirs ou être à l’inverse des objets sonores non identifiés avec une toute autre charge émotionnelle.

Vingtième analogique 3 (2015) stéréo

"Vous allez voir, avec cet appareil vous ne serez pas deçu parce que mon intuition me fait dire que cet enregistreur de cassette va vraiment bouleverser la qualité de votre existence." parole issue de Hot Box Invasion réalisé en 1986 par Ned Morehead. La possibilité pour le grand public d'avoir accès à des enregistreurs image et/ou son va changer la façon d'écouter et bouleverser notre environnement médiatique. Mais très rapidement... "[lui] : je ne me souviens plus maintenant comment fonctionne cette machine avec tous ces boutons... [elle] : T'as qu'à appuyer sur le bon ! ". Hommage à une technologie obsolète ?

Le problème (glitch) fa͍it ̔soṉ ͠asp͞ect avec͡ la technologie nu̇mériq᷂ue. Certaines rumeurs ͕(brǔits) appar͈ti᷈ėnnent ͋à l͡'heure actuelle̗.. Nous nȅ̵̖ p̋͝rệ̀͋̾ton̝̑̐s̊ ͉p᷿a᷂s ̵attentͫio᷾̆ͅn à el̈les̒ ta̸̅ndi᷇s que ̩̜̐̋̚no̸usͫ les ̐oṷ̀᷉b͏lion̨s, néan͙moin̯s elles ȩ́t̃ab͎lḭ᷃s͛̑͢s̳̕en̠̿᷁t ̸n̴͗ôtr̔ͧe ͇environneṃ͎̙ͭ͆e͡n᷇t̹ ́acou̥st͂ique. C͍̅epe͙ͦ̀͌n̍da̯nt ces᷅ ru͇͎᷉me̲᷅̆urs (br̥͈u̽its̈́) peūvent͎ avoi̋͌r ͋li͑eu̹.ͧ Aͦin̾si ̼une ᷊̇sourcë̬̠ émerge̘ ave͇c ̋l͗aq͠u̥elle l̻᷊͓̳es ͉j̟e̵ͫu̳n̺ͦes͕͡ i͜ṋt͆e̩r̛̺prͧ͌ḙ̀t᷊̓en͕t͞, t᷿rͪadui͠sẹ̐͋nt̋ e͍͉t ͠͏e᷊͘̕xpliq̞u̓en͂̄t.̥ C͎e͂t͑t͙̿᷁e᷂̮᷅ sͅo̻ủr͗c̢eͬ (ͧ᷈᷁o̎̐̿r͂i̊gͧi̢n̤e̐)ͬ p̡e᷂ụt̖ͫ͝ êͩt᷿r͠ĕ̵̼͙᷈ d᷆é̐r̢ǎn̺̟͐gͧe͎a̜n̢ẗ́e͑̽̊,̜ n͌o̟u᷿s͆ r̪a͂s̬s᷿᷂̪u̬r᷊e̜̫̔̊͝r͑,̶᷃̕ ê͟t᷉r̅e̎ d̙e̓s̤ ̤᷿o᷈bͯj᷁e̘t̽sͣ ̡͓s̒a̮i᷃n͓̐ͣs̵̡̙ ̛͓i͓ͦ͠d̙eͮn͜t̖i̝f᷁i͈é̖s͔ ̺ͮoͫu͌ p͍̍͡a̾s̶ a͊v͋e͠c̵ o̫u̻ s̊a͏n᷆ŝ l̵a͘ p͋e͒r͛s͛o͒n̡n̥e̾ é̾m̷͈᷇o̖t̷i̓vͬe͌.͙ Ḽ᷆'ͥe̪͓͊r̵͖͕᷈r̼̹̍̀e̡̾̾ü̳r̰,̷͓ l̟̤'̵̘͛i̬n͉̥s̜͇ḙ͇c͔͇t͎́e̞͞,̧̬̽̏ ļe͗ ̌p̶̔͋ͫ̄r̶̳̗͔͢o̫̺̭̓᷉b̌ͮ͢l᷂͊̊èͩm̌e͕̝ d̷ṵ̇ ť̔͊rͧà͙ͮͣͣǹ̲͊̉̒s͌f̸́̓᷆̆͘e̗r̩ͯ̿t̥̗͔,̖᷉͘ l̜̇͜͜a̴̟͆̂̍ ̎t̼͏r̗᷾̽a̛̻d̥̼͛ͦu̯c͂t̘̻i̓o᷉ͭ͜n͋͝ ȧu̓᷅tͤo̬᷉᷉mͤ͒a͍ͤ̇́tͮ̃i̐̑q͇u̶ͫ̀ͣe͈̊͑ ̴̟ès̪ͥt̨̘ u̠̖͛n̈e͌̚ p̜̱̝ͦ᷃i̛᷊̪è͍ͮ͜c̉͜ȩ̋̍ (ͧc͈h̬a̛ḿb̴̻͈ͦ̉r̨͕͒᷇ͫ͌᷅̂̕ē̵̗᷈)̟,͠ͅ ,᷊͍̏̆́̾᷃ ̭᷀᷅̏́ͩ᷀ṳ͔́ͬ͘̚͜n̶͈͑́̈́̊̚e̸̩̾̂́ͩ͟ ͉̻͍ͫ́͊̚p̰̀ͮ᷇́̆͊ä̻̙̜͚́́̚ŕ̵̷̫͎͌̋ț͆͐́ͨͣ͞i̐́᷃́᷀᷈ͯe̘᷃̾ͭ́ͨ͂ ̂̂̑́̄͊᷄d̸͍᷇́̑ͪ͜u̟̰̔́᷀ͥ᷇ ̡̖̞᷁́̅᷀̕ǰ̙̰̇̓́͡e̡̡᷊̣ͫ́͟u̷̦̥͇͑́̒ ͏̨̮ͧ́᷈͛q̵̟́̏̚͜͜u͉̪̭᷇́͗̚ȉ̧͔̦́᷁̕ ͇͔́̈́̇̔͘f͖ͥ͋́͋͐᷀ā᷊᷊ͭ́̆ͧi͉᷀ͮ̏́͋ͩ͝ṱ̦̻᷄̐́̋ ̛̹̼͂́́͌p̖͚᷃ͦ᷀́᷆a̻̪̻͌́ͬ͟r̮̳ͯ̄́᷀ͤt̴̢᷊̃́͘͘ȉ̷̱͙͔́ͯe̙̽́̄ͦ͆͡ ᷁͝͏̵́ͣ̾(͍᷉́᷃ͪ͜͝l̼̀̽́᷄̎͘a̷̝̞̫̋́᷄ ͤ͟͏̯᷂́̈f̷̟̟͒́ͦ͞ê͈͆̈́́᷉ͥ̑t᷿̝͙͊́̂ͮe̞͇͌᷀́̾̔)̫̽͗́ͤͤ͞ ̢͈̣̘́ͧ᷆ḑ̸᷁͒́̋᷀ö̶̤̝́́͘͡ṛ̼̺᷄̃᷅́é̶̲̯᷃̋́͟ń̡̳᷄᷾ͦ̕a̘̭̎́͗ͭ͘ṿ̩̠͂̍́̌a̧̗͕᷁ͪ͆́ņ͈᷂̻̇́̐ţ͇̬̞͖̮́ ̭̪͑ͤ́̂ͭd̘̲͎̺͒̿́ẹ̱̞͆ͬ́̐ ͏͏̯́ͪͦ͂ň̛͇̞̻́͟o͆́᷁́᷁᷇̈́t͎̳͍̮́͢͝r̠̤᷿ͪ́ͮ͢e̢ͥͤ́̏̐͠ ̷͑̆́͒᷇͜e̴̦̟ͧ̎́ͤṉ̶̭͚͙̋́v̧̘̩͂́̒ͨi͎̔ͨ́᷅᷆͢r̵̯͇ͮ͛́͠o̓͑ͤ́̎̊᷀ń̹̳̜́ͭͪn̡͖̞ͤ̃́̕ę̡̻᷁̀́̽m̐̉͒́̃̈̅e̫̺̟͊ͮ́̊n᷅̆͑́͑́͜t̢̖͚ͩ́͌͡.̴̨͔ͣ̌́᷾ g̬̟̬̳̬̬̑͝͝l̬̻̬̳̬̬̀͝͝i̬̬̳̬̬ͥͧ͝͞͝t̬̬̳̬̬̆͂ͨ͝͝ć̢̬̬̳̬̬᷈̔͝͝h̬̹̬̳̫̬̬͝͝

Pièce inspirée par The Dreams de Delia Derbyshire et Barry Bermange (1964) qui raconte sous une forme semi documentaire et en cinq mouvements certaines sensations vécues en rêve. 

Un seul narrateur témoigne ici de ses aventures nocturnes accompagné par une musique née de la retranscription, par un synthétiseur, de l’électroencéphalogramme d'un dormeur.